Partez à la découverte de monuments mystérieux et envoûtants dans un pays encore secret...

La Sardaigne, grâce à sa position stratégique, a toujours attiré les convoitises des empires méditerranéens. Tour à tour colonisée par les Romains et les Byzantins, c'est pourtant l'influence chrétienne qui se fait sentir dans le centre de l'île, parsemé d'églises épurées de grande beauté. Mais les peuples primitifs ont également laissé leurs traces de pierre, qui continuent de susciter la curiosité des scientifiques... et des touristes !

Un héritage chrétien

Oeuvre de la christianisation

En 1017, des troupes venues Pise et Gênes, mandatées par le pape pour chasser les Arabes, arrivent sur l'île. Cette deuxième vague de christianisation poussée (après celle menée par les Byzantins) conduit à la construction de très nombreux édifices religieux. Dans toute la Sardaigne, de magnifiques églises romanes voient le jour sous les coups de burin de maitres d'œuvre catalans, marseillais et pisans.

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Santisima Trinita di Saccargia

La route des Églises romanes

Louez un véhicule et partez sur les routes de la province de Sassari pour découvrir ces trésors de raffinement. On peut citer parmi tant d'autres Sant'Antico di Bisarcio à Rozieri, Santa Maria del Regno à Ardara, ou encore San Pietro di Sembranos, complètement perdue au milieu des champs. Dans le même style " bicolore " obtenu grâce à l'alternance de pierres volcaniques et calcaires, ne ratez pas la célèbre et sublime Santisima Trinita di Saccargia, l'église des " vaches tachetées ". Un peu de calme avant de retrouver les côtes touristiques...

Le mystère des nuraghi

A la découverte des nuraghes

Vous croiserez sûrement au détour d'une route ces tours en pierre en forme de cône tronqué, tous droits sortis d'un roman de fantaisie médiéval... Elles sont plus de 7000 dans toute l'île, et même après des décennies d'étude, on ignore toujours leur fonction. On sait en revanche qu'elles datent de la civilisation nuragique, établie en Sardaigne pendant l'âge du bronze (environ 1500 av JC).

Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, le site de Su Nuraxi, près de Barumini, avait vraisemblablement une vocation défensive. La vue des ruines millénaires entourées d'oliveraies laisse le visiteur ébahi. La route de la " vallée des nuraghi " regroupe une quinzaine de ces constructions dans le nord-ouest de l'île. La plus impressionnante, Santu Antine, aurait mesuré 24 m, un véritable exploit pour l'époque...

Le tombeau des géants

Complément intéressant, le tombeau des géants de Luogosanto, dans le nord, est une chambre funéraire perdue au beau milieu des vignobles. Ses dimensions imposantes, 143 m de long et une porte d'entrée de 4 m de haut, interrogent : s'agit-il d'un tombeau collectif du nuragique ou la dernière demeure d'un mastodonte ? La question peut prêter à rire, mais depuis la découverte de restes de géants de pierre du côté de Monte-Prama, le doute est permis...

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Porte d'entrée du tombeau des géants de Luogosanto

Bond dans le temps dans la province de Nuoro

De Tiscali...

L'accès aux grottes de Tiscali est difficile : depuis Oliena, comptez deux bonnes heures de marche dans les rochers pour rejoindre le petit village. Mais le jeu en vaut la chandelle. La montagne calcaire s'ouvre enfin pour dévoiler cette cavité splendide, majestueuse, où auraient vécu les populations préhistoriques, puis les derniers représentants de la culture nuraghe. Lors des nombreuses invasions subies par la Sardaigne au cours de son histoire, ce lieu servit de refuge pour les habitants de la région.

À Orgosolo

À quelques kilomètres de là, Orgosolo est devenu célèbre pour ses peintures murales. Apparues dans les années 70, elles illustrent les grands événements du XXe siècle, aussi bien en Sardaigne que dans le monde entier. On trouve pêle-mêle des fresques antimilitaristes sur la guerre du Vietnam ou le conflit au Proche-Orient et des œuvres rappelant les luttes locales contre les différents " envahisseurs ". Enrichissant et divertissant !

L'île prison d'Asinara

Sorte de Cayenne italien, l'île située à la pointe nord-ouest de la Sardaigne est connue pour avoir accueilli des milliers de prisonniers de la Première Guerre mondiale, dont 5000 périrent sur place. La prison de haute sécurité hébergea ensuite l'ennemi public numéro 1 des années 90, le mafioso Toto Riina. Aujourd'hui reconvertie en parc naturel, Asinara et ses magnifiques plages se visitent en une journée, uniquement accompagné d'un guide dûment agrémenté...

La Sardaigne " barbare " sous l'œil de Vittorio de Seta

Dans l'est de l'île, la région de la " Barbagia " (la barbarie) fut un repère de bandits et d'insoumis de la période romaine jusqu'à nos jours. Sorti en 1961 et devenu un classique du cinéma néoréaliste italien, Banditi a Orgosolo, retrace la vie de jeunes bergers accusés de vol de bétail au XIXe s. Tourné avec les gens du terroir et dans les décors naturels, le film est une excellente introduction au mythe du bandit sarde et à son influence sur la culture locale.

La Sardaigne en bref

Quand y aller ?

Pour visiter au calme les églises et les sites archéologiques, préférez le printemps et l'automne, loin de l'effervescence touristique estivale.

Comment se déplacer ?

Les routes sont en excellent état, ce serait dommage de ne pas en profiter. Louer une voiture reste alors le meilleur moyen pour accéder aux sites reculés.

Où dormir ?

Alghero est une superbe ville fortifiée portuaire, aux influences catalanes. Savourez son atmosphère hors du temps et de ses plages paradisiaques entre deux sorties vers les églises et les nuraghi tout proches.

Où manger ?

Azienda Agrituristica Sa Mandra 21, Strada Aeroporto Civile, Alghero

Agriturismo porticciolo, Localita Porticciolo, Alghero

Agriturismo Candela, Localita Candela, Arzachena

Babbai, Strada statale Orientale Sarda, Urzulei

"La forme cylindro-conique a été substituée à celle de la pyramide dans les constructions si multipliées en Sardaigne sous le nom de nuraghes, et dans les îles Baléares sous celui de talayots, deux pays colonisés par les Phéniciens et les Carthaginois"

Archéologue français, François Lenormant est l'un des premiers à reconnaître l'existence de la langue morte connue aujourd'hui sous l'appellation sumérien. Il étudie l'architecture nuraghe lors d'un voyage d'étude qu'il effectue au sud de l'Italie de 1879 à 1883.

3 événements incontournables

17 janvier : Saint Antoine à Mamoïada ; ce petit village près de Nuoro est le théâtre d'un étrange rite pastoral qui remonte à la nuit des temps : les mamuthones, sortes de démons masqués de noir, défilent dans les rues et vont se perdre dans les montagnes...

Avril : Semaine Sainte ; les processions affluent dans toute l'île, et c'est le moment d'écouter les merveilleuses polyphonies sardes

Septembre : Journées européennes du patrimoine