Ancienne capitale régionale de l'Empire romain, l'une des capitales de l'Aquitaine antique et capitale historique de l'ancienne Guyenne, la ville de Bordeaux a elle seule possède une histoire millénaire. Réputée dans le monde entier pour ses vins issus des vignes plantées par les Romains sur les rives de la Garonne, elle attire chaque année de nombreux visiteurs venus d'ici et d'ailleurs jouir de cette atmosphère chaleureuse qui transpire de ses pierres. Flâner de place en place à Bordeaux, vivre au fil de l'eau à Bordeaux, et visiter ses monuments emblématiques comptent parmi les innombrables plaisirs de tout séjour dans la Belle Endormie, ainsi surnommée pour la quiétude qui y règne. En tête de liste, ne passez pas à côté du Grand Théâtre de Bordeaux, dont l'histoire est intimement liée à celle de la ville et de l'une de ses institutions culturelles, l'Opéra. Dans cet article, nous levons le voile - ou plutôt le rideau - sur une histoire à la mesure de la splendeur des lieux.

La genèse

Lorsque débute la construction du théâtre, en 1773, la transformation de Bordeaux dans l'esprit de la philosophie des Lumières va déjà bon train : la place Royale, la place Dauphine et la porte d'Aquitaine sont déjà sur pied, le jardin public et les allées de Tourny ornent la ville... Il ne lui manque qu'un théâtre pour asseoir sa grandeur.

À cette époque où les théâtres itinérants cèdent de plus en plus le pas aux salles de représentations fixes, Bordeaux n'était pas en reste, mais la salle de pierre bâtie dans les jardins de l'ancien hôtel de ville, à proximité de la Grosse-Cloche, avait été détruite dans un incendie en 1755 et remplacée par un théâtre provisoire en 1760, rue de la Corderie.

Les jurats de Bordeaux avaient approuvé un premier projet d'architecture proposé par François Lhote, mais c'est le maréchal de Richelieu, gouverneur de la province de Guyenne, qui eut le dernier mot : il avait jeté son dévolu sur le travail de l'architecte parisien Victor Louis. Le lieu choisi pour ce nouveau théâtre était le glacis méridional du château Trompette, lui-même situé à l'emplacement de l'ancien forum gallo-romain qui abritait le temple des Piliers de Tutelle (du nom de la déesse protectrice de la ville, Tutela). Les terrains durent être vendus à la hâte afin que puissent débuter les travaux. Ils s'étendirent sur près de sept ans.

L'architecture

1280px-Bordeaux_Grand_The%CC%81a%CC%82tre_R03.jpg?1568236113

Le grand escalier du Grand Théâtre de Bordeaux - Crédit photo : MJJR sous licence CC BY-SA 3.0

Construit sur un plan rectangulaire, l'édifice donne, à l'ouest, sur la place de la Comédie, avec son péristyle composé de douze colonnes de style corinthien. La balustrade, elle, est ornée de douze statues, trois déesses (Junon, Vénus et Minerve) et les neuf muses. Situé au départ directement sur la place de la Comédie, il fallut abaisser le niveau vers le milieu du XIXe siècle pour permettre aux voitures à chevaux de circuler sans encombre.

Une fois les portes franchies, l'accueil se fait dans un vestibule doté de colonnes (doriques, cette fois), que surplombe une voûte à caissons et rosaces. Se dévoile alors le majestueux escalier menant aux loges, avec sa double volée, ses rampes basses, sa largeur hors du commun : l'aristocratie qui fréquentait les lieux se devait d'y être mise en scène. Charles Garnier lui-même tomba sous le charme et s'en inspira un siècle plus tard pour la conception de l'Opéra de Paris. Thalie et Melpomène, les deux muses de la comédie et de la tragédie, trônent au centre de l'escalier avant sa division : elles sont l'œuvre de Berruer.

Vient ensuite la salle de spectacle. Décorée aux couleurs de la royauté (bleu, blanc et or), elle possède une sublime coupole peinte à la fin du XVIIIe siècle par Jean-Baptiste Robin. Apollon et les muses y virevoltent, rendant un hommage à la ville de Bordeaux (avec les scènes de port), mais aussi aux artisans ayant permis la construction du théâtre, notamment les tailleurs de pierre. Détériorée par l'éclairage d'origine, la peinture noircie dut être restaurée. Ce n'est qu'en 1917 qu'elle fut reproduite à l'identique par Maurice Roganeau. La même année fut installé le lustre composé de cristaux de Bohème, avec ses 400 lampes qui éclairent encore la salle aujourd'hui.

Outre sa valeur éminemment esthétique, il convient également de souligner la qualité exceptionnelle de l'acoustique, due à la carcasse de bois.

Les artistes du Grand Théâtre

Inauguré par l'Athalie de Racine, le Grand Théâtre n'a de cesse de présenter au public des œuvres d'une qualité mémorable. Axée sur trois pôles principaux - musique, danse, théâtre -, sa programmation a toujours mis à l'honneur les plus illustres représentants de chacune de ces disciplines. C'est ainsi que s'y sont succédé des personnalités comme Liszt, Cinti-Damoreau, Falcon, Viardot, Talma, Nourrit, Duprez, Rubini, Petipa, Chaliapine, Schipa, et, plus récemment, Placido Domingo, Gustav Lehonardt, Natalie Dessay, Cecilia Bartoli ou encore Carolyn Carslon...

21661959721_a88778673d_k.jpg?1568236309

Place de la Comédie, Bordeaux - Crédit photo : Patrick Janicek sous licence CC BY 2.0

Le Grand Théâtre aujourd'hui

Musique baroque, danse classique, mais aussi hip-hop ou spectacles pour jeunes publics : les horizons du Grand Théâtre s'élargissent, avec une constante indiscutable, la qualité de ses représentations.

Cette incursion dans l'univers du Grand Théâtre de Bordeaux vous a mis l'eau à la bouche ? N'hésitez pas à le visiter en journée, accompagné d'un membre du personnel ou d'un guide de l'Office de tourisme, ou mieux encore, à réserver l'une de vos soirées pour y voir un spectacle et en profiter pour vous imprégner de son ambiance séculaire. Vous regagnerez votre hôtel à Bordeaux le cœur comblé de tant de beauté.

Si vous avez aimé ce guide sur le Grand Théâtre de Bordeaux, consultez également notre guide pratique : visiter l'Opéra de Bordeaux

Photo de couverture : Grand théâtre de Bordeaux - Crédit photo : Christophe Finot sous licence CC BY-SA 2.5